Artiste picnoleptique

Ayant quitté les Ateliers de la ville de Paris en 1997, après 5 années passées à dessiner, à peindre, et à étudier à Paris I, Lawrence s’interroge sur différents genres d’images. Repentirs photoshoppés de portraits et de paysages, posés comme des souvenirs de sensations fugaces et futiles, depuis 2010 cela le conduit à des représentations (dessinées, peintes, numériques) basées de plus en plus sur la photographie : des portraits chopés sur la toile de l’actualité, des paysages et des sous-bois pris sur ses lieux de passage, et bientôt des natures mortes issues de la flore de son jardin. Puisque « Le monde tel que nous le voyons est en train de passer » (Paul de Tarse), tout se travaille autour de la notion de la mémoire, et de ce qu’elle implique : temps, vitesse, visibilité et disparition, oubli aussi : « le semblant c’est le mouvant, les apparences des transparences momentanées et trompeuses, (…) au même titre que les choses données à voir dans l’instant du regard« . (Paul Virilio)

À l’instar d’un Miquel Barcelo, et parallèlement, il développe sa pratique du dessin dans des savoir-faire traditionnels où il façonne la surface de représentation de visages imaginaires. Ses dessins bi-face explorent les temps et le lieu du regard qui pourraient perdent le spectateur ici et lui permettre de se retrouver là. Mis en scène dans sa boite totalement transparente qui le propose comme un volume dans la lumière de l’espace, et grâce aux instants figés par les huiles de vidange ou de lin qui transpercent le papier, le dessin cherche à embrasser et animer ses propres transparences dans un incessant va-et-vient entre la lumière et l’ombre…

Quant aux portraits peints et depuis peu dans cette même logique, ils sont travaillés à coup de strates de matières, de glacis et de traces. Les paysages iront dans la même voie. Car il s’agirait de rendre compte que l’image peinte est un objet qui a sa réalité matérielle, au même titre qu’une photographie qui fixe l’instant de la lumière.

Parce que Lawrence veut faire de la peinture comme de la peinture. L’image ne résonne plus avec cette « somme de destructions » si chère au passé, et qui ne se révèlera que cachée aux archéologues de l’images. Dès lors l’idée d’enfouissement n’a de sens que parce que cela va lui permettre d’ancrer l’image dans sa propre temporalité. Déjà, là aussi, les transparences vont jouer leur rôle dans leurs rapports à la peau de l’image peinte : entre surface et profondeur, entre couleurs dessus et dessous, entre le visible et le non-visible.

Il n’invente rien, ni genre ni technique, il n’y a rien de nouveau que cette singularité qui consisterait à reprendre la peinture là où, selon certaines évidences, l’aventure photographique aurait voulu la reléguer pour que l’une trouve sa place et/ou que l’autre s’en détourne…

Mais, Lawrence a finalement cette phrase de Gilles Deleuze sans cesse à l’esprit : « Le passé ne succède pas au présent qu’il n’est plus, il coexiste avec les présent qu’il a été ».